Christine + les parfums

J’ai commencé à fumer à 16 ans. Dans les années 90, la cigarette faisait partie du décor. Tout le monde fumait, et je supportais très difficilement cette odeur. Ironiquement, le seul moment où elle devenait tolérable, c’était lorsque j’en allumais une moi-même.

Pendant des années, le tabac a anesthésié mon rapport aux odeurs. Ma sensibilité olfactive s’est peu à peu éteinte, comme un bruit de fond devenu silencieux.

Puis un jour, j’ai arrêté.

Et quelque chose s’est ouvert.

Les odeurs sont revenues avec une intensité que je n’avais jamais connue auparavant. Avec elles sont remontés des souvenirs, des émotions, des fragments de vie. J’ai compris que le parfum avait ce pouvoir étrange : celui de s’imprégner dans la mémoire et de réveiller ce qui dort en nous.

Quand on développe son attention aux odeurs, un monde entier apparaît. Un monde invisible, intime, profondément troublant.

C’est dans cet espace que je me sens bien.

Je ne construit pas des odeurs pour décorer ou impressionner. Je crée pour exprimer des émotions. Pour traduire des états intérieurs, des nostalgies, des silences, des élans d’optimisme, des blessures parfois. Un peu comme la musique. Le parfum est devenu pour moi une manière de donner une forme à ce qui est difficile à expliquer avec des mots. Un exutoire.

Ce, dans le respect et l’humilité face à la matière, sachant très bien que le monde de la parfumerie est à l’univers de ce que ma petite personne est au grain de sable.

Et j’ai une nature contemplative. J’ai besoin de lenteur, de réflexion, de sens. J’aime croire qu’il existe encore de la magie dans les détails du quotidien : une odeur de bois chauffé par le soleil, un vêtement imprégné d’un souvenir, l’air humide avant la pluie.

À travers l’exploration olfactive, je tente de partager ma manière de ressentir le monde. De raviver la mémoire, la beauté fragile des choses et cette poésie discrète et négligée qui traverse nos vies.
- Christine F.